SADR ET LES AMERICAINS

Publié le par Eric Laurent

Backchich.info
mercredi 5 mars 2008

La diminution des attentats à Bagdad repose d’abord sur la trêve décrétée par le leader chiite Moqtada Al Sadr. Les Américains n’y sont pas pour grand chose…

De 2001 à 2007 le congrès des États-Unis a approuvé un budget de 700 milliards de dollars pour le financement de la guerre en Afghanistan et surtout en Irak. George Bush vient de réclamer, pour l’année 2008, une rallonge de 70 milliards de dollars en évoquant les succès militaires obtenus à Bagdad et notamment la diminution des attentats et des affrontements inter-religieux.

L’ombre de Sadr
© Khalid

Le Président américain et ses responsables sur le terrain se gardent bien de préciser que cette embellie a été obtenue avant tout grâce à la stratégie adoptée par leur pire ennemi, le jeune leader chiite radical Moqtada Al Sadr. Sponsorisées par l’Iran, ses milices de plusieurs milliers d’hommes regroupées au sein de "l’armée du Mahdi" sont considérées par les experts en guérilla américains comme "plus dangereuses que les groupes d’Al Qaida".

Sadr a décrété une trêve et soutient l’offensive américaine à Bagdad comme la corde soutient le pendu. Officiellement, tandis que ses hommes restent l’arme au pied, Moqtada Al Sadr est plongé, en Iran, dans l’étude des textes théologiques pour devenir un Ayatollah érudit et respecté. En réalité ses forces ont infiltré tout l’appareil sécuritaire irakien, notamment les services de renseignement et les unités anti-terroristes. Et il menace de ne pas prolonger le cessez-le-feu qui devrait expirer prochainement.

Sadr compte sur les troupes américaines en Irak pour éliminer ses grands rivaux, les milices sunnites

Le double jeu et les ambiguïtés de Al Sadr illustrent la fragilité de la position des États-Unis sur le terrain. Il réclame la fin de la présence américaine, retire ses ministres du gouvernement, attise le nationalisme chiite et l’anti-américanisme. Il exige le départ des forces américaines mais en réalité ne le souhaite pas tant que les forces de sécurité irakiennes, en majorité chiites, ne seront pas complètement formées et entraînées. Il dénonce les groupes soutenus par l’Iran ce qui reste son cas. Il courtise les mouvements sunnites anti-américains mais ses milices les combattent férocement et exécutent leurs membres. Et c’est justement pour cette raison qu’il a approuvé le renforcement militaire prôné par George W. Bush en janvier 2007, avec notamment l’envoi de 21 500 hommes supplémentaires, visant à reprendre le contrôle de la capitale. Il observe, probablement avec une grande satisfaction, les succès remportés par les troupes américaines à Bagdad qui sont en train de lui offrir une voie royale : elles éliminent progressivement de la capitale irakienne les milices sunnites ses grands rivaux, et cette véritable épuration politico-religieuse lui permet d’espérer, grâce à Washington, contrôler bientôt Bagdad et ses faubourgs.

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